Ivo Van Damme, la comète belge fauchée après son doublé olympique de Montréal 1976
Il y a des étoiles filantes qui traversent l'histoire du running sans jamais s'éteindre dans la mémoire collective. Ivo Van Damme est de celles-ci. En l'espace de quelques jours, à l'été 1976, ce Belge de 22 ans réalise l'un des doublés les plus spectaculaires de l'histoire olympique du demi-fond - avant de disparaître, cinq mois plus tard, dans un accident de voiture qui a bouleversé toute une génération de coureurs, et en particulier la rédaction de la revue Spiridon.
Né en 1954 dans l'agglomération bruxelloise, Ivo Van Damme grandit dans l'ombre des grands clubs belges avant de se révéler sur la scène internationale au mitan des années 1970. Sa foulée ample, sa puissance et sa capacité à courir aussi bien le 800 mètres que le 1500 mètres en font un athlète complet, rare dans une discipline où les spécialistes du demi-fond court et du demi-fond long se croisent peu.
Aux Jeux Olympiques de Montréal, en juillet 1976, Van Damme signe l'exploit de sa vie. Sur 800 mètres, il termine deuxième derrière le Cubain Alberto Juantorena, impérial double champion olympique du 400 et du 800 mètres cette année-là. Quelques jours plus tard, sur 1500 mètres, il décroche une seconde médaille d'argent, cette fois derrière le Néo-Zélandais John Walker. Un double podium olympique sur les deux distances reines du demi-fond : une performance que peu de coureurs au monde peuvent revendiquer, et qui propulse Van Damme au rang de nouvelle star du running européen.
Le 29 décembre 1976, cinq mois après son doublé de Montréal, Ivo Van Damme meurt dans un accident de la route en Belgique. Il a 22 ans. La nouvelle frappe durement la communauté du running international, encore marquée par la mort de l'Américain Steve Prefontaine, emporté lui aussi par un accident de voiture un an et demi plus tôt, en 1975. Deux comètes du demi-fond, parties à quelques mois d'écart, dans des circonstances presque identiques.
Dans son numéro 030 de février-mars 1977, la revue Spiridon consacre à Ivo Van Damme un hommage d'une rare intensité, signé Yves Jeannotat, cofondateur de la revue avec Noël Tamini. Intitulé « Ivo, mon frère », le texte s'adresse directement au coureur disparu, dans une langue habitée qui tranche avec le compte-rendu sportif classique : « Ivo mon frère, ce n'est pas ta foulée de géant qui te fit émerger de la foule des anonymes, mais l'usage que, délibérément, tu voulus en faire », écrit Jeannotat, avant d'évoquer les séances d'entraînement partagées à Macolin, en Suisse, où Van Damme venait travailler sa préparation : « tu foulais au petit trot la pelouse de Macolin ; durant l'effort ou durant la pause, ton beau visage barbu gardait une grande sérénité. »
L'hommage de Spiridon rapporte aussi les derniers mots du champion, confiés à un journaliste marseillais quelques heures avant sa mort, et qui disent toute l'ambition qui l'habitait encore : « Le record du monde du 800 m devrait pouvoir être porté, dès cette saison, à 1'43''0. Je crois avoir une chance de réussir ce temps dès qu'une occasion favorable se présentera. Je suis le quatrième performer de tous les temps sur cette distance après Juantorena, Boit et Fiasconaro. Mais je suis le plus jeune de tous... » Des mots qui résonnent comme un vertige, quand on sait qu'ils ont précédé l'accident de quelques heures seulement.
Jeannotat referme son texte sur une formule restée, depuis, une manière de résumer la philosophie de Spiridon face à la perte d'un des siens : « Ivo mon frère, nous ne saurons jamais, mais nous n'oublierons pas... » Car au-delà du palmarès, c'est bien cette fraternité du coureur - ce sentiment que tout pratiquant de la course à pied, du champion olympique au joggeur du dimanche, appartient à la même famille - que la revue Spiridon n'a cessé de défendre depuis sa création en 1972.
Près de cinquante ans après Montréal, le nom d'Ivo Van Damme reste associé à cette idée d'un talent fauché en plein vol, aux côtés de Steve Prefontaine, dans le panthéon restreint des légendes du running parties trop tôt. Son double podium olympique, lui, demeure une référence pour tous les amateurs de demi-fond : une performance que la Belgique n'a jamais retrouvée sur la piste depuis.
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Source : revue Spiridon n°030, février-mars 1977, « Ivo, mon frère » par Yves Jeannotat.
Franck Tuil - Auteur - Spécialiste de la culture running