Le 90km du Mont-Blanc : mille coureurs dans la nuit de Chamonix
Ce matin à 4h45, dans l'obscurité exceptionnellement tiède de la Place du Triangle de l'Amitié, mille coureurs ont quitté Chamonix. Devant eux : 88 kilomètres, 6 200 mètres de dénivelé positif, un aller-retour entre la France, la Suisse et l'Italie par les crêtes les plus exposées du massif. Derrière eux : rien d'autre que la décision de venir jusqu'ici et d'y croire.
Le 90km du Mont-Blanc est l'un des trails les plus exigeants de France. Ce n'est pas un hasard si on le court en commençant dans la nuit. Et ce n'est pas non plus un hasard si son histoire remonte à une revue de course à pied publiée en Valais.
Spiridon, le trail avant le mot
En juillet 1972, le troisième numéro de la revue Spiridon paraît. Son fondateur, Noël Tamini, y invite tous les coureurs - pas seulement les champions - à se retrouver en montagne l'été, à réapproprier leur environnement naturel. « Le trail, qui ne s'appelle pas encore comme ça, c'est vraiment son dada », écrira plus tard Jean-Philippe Lefief dans La Folle Histoire du trail. Tamini comprenait avant tout le monde que courir en montagne n'était pas une discipline parmi d'autres - c'était une façon d'être.
Trois ans plus tard, en 1975, les spiridoniens lancent la CIME - Coupe Internationale de la Montagne, avec un E pour Europe. L'objectif n'est pas de fabriquer des champions, mais de « multiplier les occasions de se retrouver dans une ambiance naturelle, saine, chaleureuse ». Bientôt près de quatre-vingt épreuves à travers la France, la Suisse, l'Italie, la Grande-Bretagne, la Belgique, l'Autriche, la Tchécoslovaquie. Les prix remis chaque année à Chamonix : des New Balance Tarahumara, « premières vraies chaussures tout-terrain » dont les premières importées par Spiridon d'ailleurs. C'était compliqué de trouver une bonne belle paire de chaussures à l'époque, l'offre était si pauvre. Ça paraît dingue aujourd'hui.
1978 : le premier tour du Mont-Blanc non-stop
Jacky Duc et Christian Roussel, deux membres du Club Alpin de Chamonix, veulent savoir si c'est possible : faire le tour du massif sans s'arrêter. En huit jours, des milliers de randonneurs empruntent chaque été le sentier de grande randonnée. Eux le feront d'une traite, en autonomie complète. Il leur faudra 24h45 pour avaler les 160 kilomètres et 5 600 mètres de dénivelé. Personne n'avait essayé avant eux.
L'année suivante, Christian Roussel cofonde le Chamonix Mont-Blanc Marathon, premier club de France entièrement dédié aux courses hors stade. C'est ce club qui donne naissance en juillet 1979 au Cross du Mont-Blanc - l'ancêtre direct du 90km que vous regardez passer ce matin.
Le 8 septembre 1979, 17h00 : deux débardeurs Spiridon dans les Alpes
Ce même été 1979, Jacques Berlie - Valaisan, ami de Tamini, pilier de la CIME - décide à son tour de courir le tour du Mont-Blanc. Ils partent à deux avec Christian Roussel. Avant le départ, un arrêt à la pharmacie pour se peser. Jacques : 73 kilos, débardeur Spiridon, petite moustache, boucles brunes. Christian : 56 kilos, tricot de peau frappé du même logo. La revue est sur leurs deux dos. Littéralement.
Ils traversent Les Houches et s'élèvent vers le col de Voza. Au col du Bonhomme, la nuit est tombée. Au sommet de la Croix du Bonhomme : obscurité totale, lampes frontales tenues à la main dans le brouillard, descente technique sur les Chapieux. Chapieux, val Vény, Courmayeur, val Ferret, Grand Col Ferret, Champex, Trient. À mi-parcours, Berlie titube. Roussel tient. Une chaussure se déchire. Le médecin de l'équipe prête sa paire de « Brooks » - même pointure, par chance. Les amis se relaient pour les accompagner tronçon par tronçon.
Le col de Balme franchi, la descente vers Chamonix. Le village du Tour, le goudron, l'arrivée qui approche. Et c'est dans l'allégresse, « main dans la main, avec pour toile de fond cette église qui nous a vus partir il y a 21h48 ».
Berlie raconte tout cela dans Spiridon, août 1980. Voici son récit intégral - l'un des premiers témoignages écrits de ce qui deviendrait, vingt-quatre ans plus tard, l'UTMB.
Autour du Mont-Blanc : le charme de la vraie nature sauvage
Texte original de Jacques Berlie - Revue Spiridon, août 1980 - Photos Michel Colin
Chamonix, 8 septembre 1979, un peu plus de 17 heures. Christian Roussel est à mes côtés, et nous sommes là plantés devant l'église de Chamonix. Un dernier regard vers ces « quatre mille » qui paraissent nous observer. Pas d'âne sur l'Aiguille Verte, pas de chapeau sur le Mont-Blanc : le beau temps devrait tenir durant 24 heures au moins.
Nous venons de passer l'après-midi à contrôler minutieusement les différents sacs destinés à notre ravitaillement. Rien ne manque. Et les amis venus nous soutenir sont là eux aussi. Un saut chez le pharmacien (pour nous doper ? que non...) pour nous peser : 56 kg pour Christian, 73 pour moi.
Et voilà, c'est parti ! Ah comme d'emblée on se sent mieux, libérés après deux mois d'entraînement sur ce sentier du Mont-Blanc que nous connaissons bien maintenant. Le soleil décline à l'horizon, nous offrant un panorama alpin jamais égalé. Les épicéas aux draperies sombres dégringolent de la montagne. Les mélèzes au feuillage léger se parent déjà d'or, annonçant leur flambée annuelle. Mais nos pensées sont ailleurs, malgré la douceur de cette fin d'après-midi, dont profitent les derniers touristes.
En effet, ne va-t-on pas courir pendant plus de vingt heures, sans perdre haleine, en ces quelque 160 kilomètres qui constituent l'un des plus beaux sentiers du monde : le tour du Mont-Blanc. Hier encore, je lisais que durant cet été 20 à 25 000 personnes, sac au dos, ont accompli ce périple au rythme de leurs jambes.
Nous quittons maintenant la route goudronnée, en laissant Les Houches, et nous nous enfonçons dans la forêt en direction du col de Voza. La foulée s'est raccourcie, la respiration s'est accélérée, mais le plaisir est toujours le même. Le col de Voza, l'une des stations du « tramway du Mont-Blanc », est conquis sans aucune difficulté. Nos cerveaux bouillonnent déjà de projets, sans égard pour les difficultés à venir.
Du jambon, s'il vous plaît !
Nous abordons la descente avec prudence, car elle est plutôt raide ; mais le chemin est large, heureusement. Nous voici aux Contamines-Montjoie par la route goudronnée. Une première envie à satisfaire : du jambon ! Nous avons rencontré, au début de la route, Jean-Pierre Lanarès et André Galland, des amis que nous retrouverons tard dans la nuit au refuge Élisabeth. Jean-Pierre n'hésite pas à troquer son complet-veston contre un survêtement, afin de parcourir quelques kilomètres avec nous, jusqu'à Notre-Dame de la Gorge. Le rythme est rapide, trop à mon goût. Mais tout est si facile, la douceur de ce début de soirée nous incite à accélérer : tout ce qui est fait n'est plus à faire. Un dernier ravitaillement (poire-café-bouillon), alors que les premiers lacets du col du Bonhomme se détachent dans les sapins.
À nous de jouer ! La nuit descend peu à peu sur les alpages de la Balme, et les premières étoiles scintillent dans le ciel couleur d'encre. Dans le lointain, on entend des voix monter de l'auberge : des gens qui festoient, qui chantent autour d'une bonne fondue... Nous allons d'un bon pas, comme bercés par le gargouillis de la fonte des derniers névés. D'ailleurs, l'altitude commence à se faire sentir : de fait, nous sommes à plus de 2 100 m.
Au sommet de la Croix du Bonhomme, l'obscurité est totale. Nous utilisons nos lampes frontales pour amorcer la terrible descente aux Chapieux. Il nous faut bientôt tenir nos lampes à la main ; c'est plus commode et plus sûr. Heureusement, Christian a un sens inné de l'orientation : parmi tous ces chemins, plus attirants les uns que les autres, il sait infailliblement choisir le bon. Nous sautillons de pierre en pierre, et c'est très risqué vu le manque de visibilité. Vigilance de rigueur, car le moindre faux-pas et ce serait la chute... des dizaines de mètres plus bas. Tout ne va pas pour le mieux, car le brouillard s'est mis de la partie. Je croque alors deux « Biofit » : grave erreur que je paierai plus tard.
Les premières maisons du Chapieux ne sont plus très loin. Daniel Janin est là, comme prévu, avec un ravitaillement ad hoc. Il a vraiment tout fait pour bien nous accueillir : des fauteuils de camping sont disposés autour d'une lampe au butane, des vestes-duvets nous maintiennent au chaud pendant que nous buvons et mangeons. Les vivres dispensés lors de ces haltes s'avèrent déjà monotones. Nous avions prévu la nourriture suivante : poires, lard séché, gâteau de riz, ainsi que de l'« Isostar », du bouillon chaud et du café noir pour nous désaltérer. Pas moyen d'obtenir autre chose à cette heure de la nuit.
Les premières désillusions
Après une halte d'une dizaine de minutes, nous repartons. Nous sommes dans les temps que nous nous sommes fixés, bien que nous ayons perdu la demi-heure d'avance que nous avions à Notre-Dame de la Gorge. Nous pouvons maintenant profiter des feux de la R5 de Daniel qui nous suit sur la route légèrement pentue de la Ville-des-Glaciers. C'est plus agréable et moins fatigant que cette damnée lampe de poche. Nous le quittons à regret dès que la route se resserre. Christian est en pleine forme ; quant à moi, les premières désillusions viennent. Et le col de la Seigne qui n'en finit pas de monter !
Nous profitons toutefois de la pleine lune, solution idéale à nos problèmes d'éclairage. Mes ennuis gastriques s'accentuent, et je titube maintenant. Christian me soutient, tout en me parlant pour que je garde le moral. Mais c'est dur, terriblement dur, et nous n'avons pas encore fait le tiers du parcours... Dieu que c'est long ! Je n'ai même plus le courage de sauter par dessus les filets d'eau qui ruissellent en travers du chemin : mes pieds clapotent dans les chaussures. Je trébuche sur une pierre, réussis à me rétablir de justesse, et finis par m'étaler de tout mon long ! L'une de mes chaussures est complètement déchirée. Heureusement que mon compagnon est à mes côtés...
Nous retrouvons nos amis au refuge Élisabeth : quelle joie que de pouvoir se glisser dans ce sac-duvet tout en savourant un jus de grape-fruit ! Ah dormir et ne plus penser à rien... je ne verrai donc jamais le bout de cette nuit ! Le masseur, après m'avoir retiré chaussures et chaussettes, me passe de la pommade sur les pieds, d'ailleurs en excellent état. Par contre, mes chaussures... mais le médecin a la même pointure que moi et sa paire de « Brooks » fera l'affaire.
Et ça va un peu mieux. Le moral commence à revenir grâce à la chaleur prodiguée par nos accompagnateurs. Mais je dois lutter pour ne pas fermer les yeux... Nos amis vont se relayer merveilleusement pendant ces quelques dizaines de kilomètres qui nous amènent à Lavachey. Avec eux la route paraît moins longue. Les langues des glaciers du Brouillard, de Freiney et de la Brenva lèchent le versant italien, alors que sur les hauteurs l'Aiguille Noire de Peuterey et les Grandes Jorasses nous dominent majestueusement.
« Pense à moi, à toi... »
Nous sommes maintenant au plus profond de la nuit et à peu près à mi-parcours. Je ne suis toujours pas au mieux. Seconde séance de massage, à Lavachey. Et dire qu'au début nous n'y avions pas songé ! C'est par hasard qu'un masseur s'est joint à l'équipe... C'est aussi cela la chance. Christian est toujours aussi à l'aise, rien ne semble le fatiguer.
- Écoute, Jacques, on ne va pas s'arrêter là : pense à moi, à toi, aux innombrables kilomètres parcourus ensemble en vue de cette tentative... ce serait trop bête ! Allez, encore un effort, on fait le Grand Col Ferret, et si ça ne va pas, on arrête !
Je me remémore alors la merveilleuse farandole à laquelle s'était livrée une dizaine de marmottes au sommet de ce col, il y a quelques semaines, lors d'un entraînement fait très tôt le matin. Au point où j'en suis, essayons ; mais l'allure est loin d'être alerte, et je m'arrête encore trop souvent pour reprendre un second souffle recherché en vain... Le moindre prétexte est bon pour stopper la cadence : lacer mes chaussures, boire au ruisseau, ou encore faire semblant d'admirer le paysage... dont je me moque en fait éperdument ! Et cette idée de boire du « Rivella » qui me tenaille depuis quelques heures !
Nous franchissons cependant le col tant bien que mal. À 2 500 m, un vent violent souffle. Mais déjà les premières lueurs du jour se dessinent. Et avec elles, je vais retrouver la forme. Nous avons pris toutefois quatre heures de retard, et à cette cadence le record ne sera pas battu ! De plus, nous sommes de plus en plus angoissés à l'idée que nos suiveurs ne nous auront peut-être pas attendus si longtemps...
La descente me montre que j'ai retrouvé la joie de courir... et l'espoir de boire du « Rivella ». Ouf, Nicole est là, elle a patiemment attendu. Nous lui racontons nos péripéties tout en grignotant des fruits secs et en lui demandant... de dénicher au plus tôt du « Rivella » et des yogourts (pour Christian), quitte à aller les chercher à Orsières.
La forêt est belle en ce dimanche matin
Tout semble plus facile maintenant, le paysage est même plus humain. Et avec ça un lever de soleil de toute beauté ! Mais il fera peut-être très chaud sur le coup de midi... Peu importe, car la cadence s'est rapidement accélérée, et nous recommençons à croire au record. Après tout, il ne reste plus que deux grandes montées : Bovine (1 000 m de dénivellation) et le col de Balme (900 m) ! Nicole se montre surprise de nous retrouver déjà à Issert. Et surtout... elle a des yogourts et du « Rivella ». Assis sur l'arrière de la voiture, nous reprenons quelques forces. C'est alors que Lattion passe au volant d'une camionnette. Du coup, il s'arrête, peu habitué à voir ainsi des coureurs sur la route un dimanche matin ordinaire... Nous lui expliquons ce qu'il en est et ça ne l'émeut pas. Il est vrai que l'organisateur du Trophée du Six-Blanc en a vu d'autres...
Nous quittons cette charmante agglomération valaisanne, avec ses maisons, ses greniers-granges de bois dont beaucoup (les « raccards ») sont construits sur pilotis recouverts de larges dalles de pierre qui empêchent les rongeurs d'avoir accès aux réserves de grains. La pente s'élève doucement dans les prés et l'odeur des sapins nous enivre généreusement. La forêt est belle en ce dimanche matin, et nous y rencontrons quelques quidams à la recherche de chanterelles ou de cèpes. Et les premières fleurs de l'automne se courbent sous nos pas...
Déjà les premiers chalets de Champex, puis le lac, et enfin mes deux amis suisses Guy et Fidel, présents malgré notre retard. Nous ne nous arrêtons pas trop longtemps, soucieux que nous sommes de rattraper le temps perdu. Nous mangeons de petits fruits : des framboises, des fraises, et surtout des myrtilles, que nous offre cette nature. La confiance est maintenant retrouvée, c'est même proche de l'euphorie... Nous nous réjouissons de voir nos amis au col de la Forclaz ; nous leur ferons sûrement une agréable surprise.
Tous les copains sont en effet étonnés de nous revoir à cette heure déjà. Jean-Pierre, qui avait commandé une omelette, la mange finalement en sandwich, pressé qu'il est de nous accompagner jusqu'au dernier col, celui de Balme. Les amis du versant italien étaient, eux, bien certains de ne pas nous revoir après la piètre exhibition que je leur avais faite. Un dernier massage, le temps aussi de savourer une bonne... glace vanille-noisette ! Que c'est bon à cette heure ! Parmi la foule qui est à la terrasse du restaurant, bien peu se doutent du tour accompli. Pour tous, nous sommes sans doute deux anonymes complètement fous de courir en plein midi. Et c'est bien mieux ainsi...
Pas une cloque, pas une ampoule !
Rapide descente jusqu'à Trient, alors que toute notre attention et toute notre concentration sont déjà tournées vers le dernier col, qui d'ailleurs ne posera pas de problèmes. Christian me laisse mener ; c'est ainsi, en dictant moi-même le rythme du duo, que je serai sûr de mes propres forces. La descente s'avère très pénible : tantôt pierreux, tantôt poussiéreux, mais surtout plus raide que prévu, le sentier fait mal aux cuisses. Et Christian qui se met à chanter « C'est extra ! »... C'est de loin pas mon avis. Mais il faut tenir : nous sommes si près du but et sans doute avec trois bonnes heures d'avance sur le record.
Heureusement, depuis « Le Tour » la route est goudronnée. Le soleil tape dur, une touffeur oppressante nous étreint. À l'approche de l'arrivée, le nombre des accompagnants en short s'est soudain accru. Les voitures de nos suiveurs bloquent la circulation, empêchant tout dépassement : voilà des mètres cubes de gaz que nous n'absorberons pas ! Christian aimerait tellement que l'on passe sous les 22 heures. Mais il reste encore deux kilomètres et... une folle envie d'« Orangina » ! Merveilleuse équipe qui me l'offrira sur un plateau 500 mètres plus loin...
Maintenant, il faut courir, l'arrivée approche. Je puise dans mes dernières forces et j'accélère, ne serait-ce que pour être à la hauteur de mon compagnon. Et c'est dans l'allégresse que nous terminons main dans la main, avec pour toile de fond cette église qui nous a vu partir il y a 21 h 48. Ouf, nous pouvons enfin nous asseoir sur un banc sans craindre de perdre trop de temps. Les deux médecins de l'équipe s'affairent déjà pour un ultime massage réparateur. Pas une cloque, pas une ampoule, notre organisme a vraiment bien supporté le voyage ! Nos pulsations reviennent rapidement à 60.
Voilà un exercice que je déconseille pourtant aux personnes tout simplement désireuses de perdre du poids : Christian n'a perdu que 500 g et moi tout juste un kilo... Le champagne que nous sablons nous paraît bien insipide, et déjà nos esprits sont ailleurs. 160 km, 13 000 m de dénivellation (montées et descentes mises bout à bout), 21 h 48 min. : c'est cela le verdict des chiffres de ce Tour du Mont-Blanc. Record, oui, mais nos amis Adams et Mouat envisagent de s'y mettre eux aussi dans un an...
Au-delà de l'exploit - mais tout est relatif - il y a l'amitié nouée avec Christian tout au long des nombreux kilomètres parcourus ensemble : c'est cela le prix de la victoire ! Mais il faut y ajouter l'assistance extraordinairement efficace prodiguée par notre équipe de suiveurs, à laquelle nous devons en somme notre réussite. Au milieu de nos souffrances, leurs visages réconfortants ont su nous apporter un supplément de courage et de volonté, nécessaire à une telle entreprise. Qu'ils en soient ici une fois de plus remerciés.
Les paysages qui défilent maintenant dans mon esprit y resteront à jamais gravés, car ils ont le charme de la vraie nature sauvage et de l'effort accompli librement dans la joie la plus totale.
Jacques Berlie
Berlie et Roussel : la suite de l'histoire
Ce 21h48 n'était qu'un début. Berlie et Roussel reviendront au Tour du Mont-Blanc et abaisseront leur propre record à 17 heures et 21 minutes - un temps qui reste remarquable encore aujourd'hui, à l'échelle de presque cinquante ans.
En 1988, Jacques Berlie - alors habitant de Miex dans le Haut-Chablais valaisan - bat le record de l'ascension-descente du Mont-Blanc en 5 heures et 37 minutes. L'homme qui titubait dans la descente des Chapieux en 1979 était devenu l'un des alpinistes-coureurs les plus rapides de sa génération.
Christian Roussel, horloger à Chamonix, avait déjà imprimé sa marque sur l'histoire avant même la course de 1979 : c'est lui qui, avec Jacky Duc en 1978, avait réalisé la première bouclage non-stop du Tour. Et c'est son club, le Chamonix Mont-Blanc Marathon, qui lançait quelques mois plus tard le Cross du Mont-Blanc - la graine de ce que vous regardez courir ce matin.
En 2003, Catherine et Michel Poletti créent l'Ultra-Trail du Mont-Blanc sur ces mêmes sentiers. La première édition : 700 partants, 67 finisseurs, victoire du Népalais Dawa Sherpa. Aujourd'hui, l'UTMB rassemble plus de 10 000 participants autour du massif chaque année. Ce que Berlie et Roussel faisaient seuls à deux, avec une R5 pour les suivre et une lampe frontale tenue à la main dans le brouillard des Chapieux, est devenu la plus grande course de trail du monde.
Du Cross au 90km : quarante-sept ans
Le 1er juillet 1979 - quelques semaines avant la course de Berlie et Roussel - le Cross du Mont-Blanc avait ouvert avec 450 coureurs et une arrivée à Planpraz. Vingt-quatre ans de développement, puis en 2003 la transformation en Marathon du Mont-Blanc avec l'ajout du 42km. Le 80km viendra en 2013, deviendra le 90km. Aujourd'hui : 10 000 coureurs, huit courses, des milliers de frontales dans la nuit de Chamonix.
Les noms à suivre en 2026
Chez les hommes, Xavier Thévenard - triple vainqueur de l'UTMB - est au départ, tout comme Baptiste Chassagne, lauréat de la Diagonale des Fous 2025 et deuxième de l'UTMB 2024, et Louison Coiffet, vice-champion du monde trail long et deuxième du 90km en 2023. Chez les femmes, la Suédoise Ida Nilsson fait figure de grande favorite, face à la Russe Ekaterina Mityaeva et à l'Allemande Katharina Hartmuth. Le record de l'épreuve est de 10h23'11", signé Martin Kern en 2021.