Free to Run » montrant plusieurs coureurs et coureuses en noir et blanc, avec le titre orange « Free to Run » et la devise « Liberté, égalité, course à pied »

Free to Run : le documentaire qui raconte comment le running est devenu libre

Les documentaires sur le running ne manquent pas, mais peu d'entre eux racontent une histoire qui nous concerne directement. Free to Run, signé par le réalisateur et historien du sport suisse Pierre Morath en 2016, est de ceux-là : il raconte l'histoire de la course libre, celle qui a vu naître la revue Spiridon en 1972 sous l'impulsion de Noël Tamini et Yves Jeannotat. Un film à (re)découvrir pour comprendre d'où vient l'esprit qui anime encore la marque aujourd'hui.

Un sport confisqué par une élite

Le film s'ouvre sur un rappel utile : il y a un peu plus de cinquante ans, courir n'était pas un loisir. C'était un sport de stade, encadré par des fédérations sourcilleuses, réservé à une poignée d'athlètes d'élite. Les femmes en étaient largement exclues - le marathon féminin n'entrera aux Jeux Olympiques qu'en 1984. Personne, ou presque, ne courait sur les routes ou dans les parcs pour le plaisir. Free to Run part de ce constat pour raconter, sur cinq décennies, comment ce sport confidentiel est devenu l'un des loisirs les plus pratiqués au monde.

Des figures qui ont fait basculer l'histoire du running

Pierre Morath construit son récit autour de quelques personnalités devenues légendaires. Kathrine Switzer, qui s'inscrit au marathon de Boston en 1967 sous un simple prénom neutre et se fait agresser par un officiel de course en pleine épreuve - une scène photographiée qui fera le tour du monde. Fred Lebow, fondateur du marathon de New York, capable de transformer une course confidentielle de 127 participants en 1970 en l'événement le plus couru de la planète. Steve Prefontaine, coureur de fond flamboyant et rebelle, disparu tragiquement à 24 ans, devenu une icône de la contre-culture américaine.

Et puis il y a Noël Tamini, rédacteur en chef fondateur de la revue Spiridon, à qui le film donne une vraie place - rare pour un documentaire à dominante américaine. C'est peu dire que ce chapitre nous touche particulièrement : voir le mouvement Spiridon reconnu comme l'un des foyers mondial de cette révolution silencieuse, aux côtés des pionniers américains, confirme ce que nos archives racontent depuis un moment : la course libre, sans dossard ni chrono à défendre, n'est pas une invention récente des run clubs urbains. Elle a un demi-siècle d'histoire, et une bonne partie s'est écrite en français.

Ce que le film dit de la course à pied, au fond

Au-delà de la reconstitution historique, Free to Run pose une question toujours actuelle : qu'est-ce qui fait courir les gens, une fois sortis du cadre de la compétition ? Le film montre bien que la démocratisation du running des années 1970-1980 n'a jamais été qu'une affaire de performance. C'était avant tout une revendication de liberté - liberté de courir où l'on veut, quand on veut, sans autorisation d'une fédération, sans dossard, sans justification. Une idée qui a mis du temps à s'imposer, et qui reste étonnamment fraîche aujourd'hui, à l'heure où une nouvelle génération redécouvre le plaisir de courir ensemble, loin des applications de performance et des classements Strava.

Où voir Free to Run

Le film n'est malheureusement pas disponible en streaming gratuit, mais il reste facile à trouver en location ou à l'achat en VOD, notamment sur Apple TV, Amazon Prime, YouTube Premium, Arte Boutique, Orange VOD. Pierre Morath en a également tiré un beau livre illustré (malheureusement épuisé), prolongement naturel du documentaire, qui consacre lui aussi plusieurs chapitres à l'histoire du mouvement Spiridon.

Pour aller plus loin

Si cette plongée dans l'histoire du running libre vous a donné envie de creuser le sujet, notre sélection de livres running et trail réunit plusieurs récits qui racontent, chacun à leur façon, cette même histoire - des Tarahumaras aux pionnières de la course féminine.

Franck Tuil - Auteur - Spécialiste de la culture running