Alain Mimoun en course avec le dossard 13, portrait en noir et blanc du champion français pour Spiridon.

Alain Mimoun, le marathon de Melbourne 1956 qui inspira Noël Tamini

1er décembre 1956, Melbourne. Il fait plus de 30 degrés, l'air est sec, la route écrase les organismes. Sur la ligne de départ du marathon olympique, personne ne mise sur Alain Mimoun. Il n'a jamais couru cette distance de sa vie. Deux heures et vingt-cinq minutes plus tard, il entre seul dans le stade, exécute un poirier sur la pelouse pour fêter sa victoire, et devient enfin champion olympique - à 35 ans, après trois médailles d'argent et une carrière entière passée dans l'ombre d'un seul homme : le Tchèque Emil Zátopek.

L'éternel second

Avant Melbourne, Mimoun traîne une réputation cruelle : celle du meilleur coureur du monde... jamais premier. Aux Jeux de Londres en 1948, il termine deuxième du 10 000 m derrière Zátopek. À Helsinki en 1952, il est de nouveau deuxième, sur 5000 m puis sur 10 000 m, toujours derrière le même homme. Trois finales olympiques, trois médailles d'argent, le même vainqueur en face de lui à chaque fois. La presse sportive de l'époque le surnomme "l'éternel second". Mimoun, lui, ne se décourage pas : il change simplement de distance et vise le marathon, discipline qu'il n'a encore jamais abordée en compétition.

Du front de Monte Cassino aux pistes olympiques

Il faut dire que Mimoun avait déjà survécu à bien plus dur qu'une défaite sportive. Né le 1er janvier 1921 à Telagh, en Algérie française, il s'engage comme tirailleur dans l'armée française pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 28 janvier 1944, il est grièvement blessé à la jambe lors de la bataille de Monte Cassino, en Italie. L'amputation est envisagée ; un chirurgien parvient finalement à sauver son membre. Cette blessure, il la portera toute sa carrière - et c'est pourtant sur cette même jambe qu'il bâtira, quelques années plus tard, l'une des plus belles histoires de l'athlétisme français.

Melbourne, décembre 1956 : la revanche

Ce jour-là, sous une chaleur écrasante qui fait exploser bien des organismes pourtant mieux préparés que le sien sur cette distance, Mimoun prend le large dès le 15e kilomètre et ne sera plus jamais rejoint. Zátopek, diminué par une opération récente, termine sixième, à plus de six minutes. À l'arrivée, une image entre directement dans la légende : Mimoun, exulté, fait un poirier sur la pelouse du Melbourne Cricket Ground. Peu après, Zátopek vient le rejoindre au vestiaire pour le féliciter chaleureusement - un geste d'amitié sportive qui a marqué tous ceux qui l'ont raconté, et qui résume à lui seul la relation entre les deux hommes : rivaux sur la piste, frères ailleurs.

La victoire qui a mis Noël Tamini sur la route

Ce que l'on sait moins, c'est l'onde de choc que cette victoire a provoqué bien loin de l'Australie, dans un village du Valais suisse. Le jeune Noël Tamini, qui fondera Spiridon quinze ans plus tard avec Yves Jeannotat, racontera lui-même avoir été profondément marqué par cet exploit. Dans ses propres carnets, il raconte que cette victoire d'un coureur que l'on disait déjà sur le déclin à trente-cinq ans "va m'inspirer en vue du marathon". Mimoun, qui avait mis dix ans et trois médailles d'argent à devenir champion olympique, incarnait déjà ce que Spiridon défendra plus tard sur papier glacé orange : la course n'appartient pas qu'aux jeunes prodiges, elle récompense aussi la patience, l'obstination, et le droit de tenter sa chance à n'importe quel âge.

Une légende jusqu'au bout

Alain Mimoun s'est éteint le 27 juin 2013 à Saint-Mandé, à l'âge de 92 ans, après avoir reçu les plus hautes distinctions de la République française et l'affection d'un pays entier. Bien au-delà de son palmarès - quatre médailles olympiques, un record qui aura tenu vingt ans - c'est cette image du soldat blessé devenu champion sur le tard qui a traversé les décennies. Une histoire qui, avant même que la revue Spiridon n'existe, portait déjà son esprit : courir n'est jamais couru d'avance, et la ligne d'arrivée appartient à ceux qui ne renoncent pas.

À lire aussi dans Running Heroes


Franck Tuil - Auteur - Spécialiste de la culture running

Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.