Départ des 100 kilomètres de Millau en 1976, grande foule de coureurs dans les rues, visuel noir et blanc avec titre rétro inspiré des affiches d’époque

100 km de Millau : la course que Serge Cottereau rapporta de Bienne en 1972

Chaque dernier samedi de septembre depuis plus d'un demi-siècle, des centaines de coureurs s'élancent de Millau pour cent kilomètres de bitume, de causses et de côtes. Derrière la doyenne des 100 km français, il y a un homme, une course suisse et une petite revue née quelques mois plus tôt, au printemps 1972 : Spiridon.

Juin 1972 : un coureur aveyronnais découvre Bienne

Au début des années 1970, en France, la course sur route n'intéresse presque personne. La fédération d'athlétisme ne jure que par la piste, les calendriers sont verrouillés et les règlements parfois absurdes : on interdit aux coureurs de boire avant le 21e kilomètre. Serge Cottereau, né en 1938 et installé à Saint-Affrique, dans l'Aveyron, est alors un coureur de demi-fond et de fond, du 800 m au marathon : il a remporté le marathon d'Albi en 1970. Mais le 100 km reste, en France, une distance presque inconnue.

En mars 1972, il écrit au courrier des lecteurs du Miroir de l'Athlétisme, ce magazine qui servait alors de boîte aux lettres aux passionnés de course hors stade. C'est là que Noël Tamini, cofondateur de Spiridon avec Yves Jeannotat, repère son nom. En juin, Cottereau traverse la frontière pour courir les 100 km de Bienne, épreuve née en 1959. Il en termine troisième.

Ce qu'il y voit le frappe davantage que son classement. Noël Tamini le raconte dans ses souvenirs : à Bienne, Cottereau a vu « des hommes, des femmes, des jeunes et des vieux, tous ensemble, sans licence imposée ». Pour un Français habitué aux interdits fédéraux, c'est une révélation. Il rentre dans l'Aveyron avec quelques exemplaires du numéro 2 de Spiridon, arrivés de justesse sur un stand de la course.

17 septembre 1972 : 68 partants et un pari

Trois mois plus tard à peine, avec Bernard Vidal, Serge Cottereau lance à Millau le premier 100 km de France. Le 17 septembre 1972, 68 coureurs prennent le départ ; moins de quarante franchissent la ligne. Pour éviter une organisation de nuit, cette première édition est limitée à 15 heures. Cottereau la remporte lui-même, et récidivera en 1973, 1974 et 1976.

Ce jour-là, un étudiant découvre Spiridon : Jean-Claude Moulin, surnommé « Adolphe ». Quelques mois plus tard, il sillonne le Valais en 2 CV avec ses copains pour rencontrer Noël Tamini. En 1973, il crée avec eux Marvejols-Mende, où l'on offre le repas et le gîte aux coureurs venus de loin. Une idée qui inspirera, l'année suivante, le grand repas d'après-course de Sierre-Zinal. Millau n'est donc pas une course isolée. C'est l'un des premiers maillons d'une chaîne de courses populaires qui naissent en France dans l'élan de Spiridon.

Un parcours qui ne pardonne rien

Le tracé n'a presque pas changé depuis les origines, en tous cas depuis l'édition de 1973. Les 42,2 premiers kilomètres forment une boucle le long du Tarn, sur ses deux rives, où se court aussi un marathon. Vient ensuite l'aller-retour jusqu'à Saint-Affrique (57,8 km), avec deux côtes sévères, dont le célèbre col de Tiergues, à franchir dans les deux sens. Depuis l'ouverture du viaduc de Millau en 2004, les coureurs passent sous cette silhouette d'acier suspendue au-dessus de la vallée.

Les habitués le savent : on court Millau 15 à 25 minutes plus lentement qu'un 100 km plat. Et pourtant, la course a gardé son surnom de « Mecque du 100 km ». Pendant 35 ans, le record masculin a appartenu à Jean-Marc Bellocq, huit fois vainqueur, en 6 h 28 min 31 s (1990). Il est tombé en 2025 : Benjamin Polin l'a porté à 6 h 19 min 18 s. Chez les femmes, Stéphanie Gicquel a encore amélioré son propre record le 26 septembre 2026, lors de la 54e édition : elle est devenue la première femme à descendre sous les 8 heures, en 7 h 58 min 25 s. Chez les hommes, la victoire 2026 est revenue à Michaël Bouché, en 6 h 57 min 19 s.

L'esprit « cent bornard »

Si Millau est devenue une légende, ce n'est pas pour ses chronos. C'est pour son style libre : la marche est autorisée, le temps limite est large (18 heures aujourd'hui, avec une arrivée possible jusqu'à 2 heures du matin), et on y croise autant de premiers « cent bornards » que de spécialistes. Les organisateurs sont restés fidèles à l'amateurisme des débuts : aucune prime n'est versée aux vainqueurs chaque arrivant reçoit le même cadeau souvenir.

Le succès n'a jamais faibli. La 20e édition a réuni un record de 3 800 partants en 1991. Aujourd'hui, environ 1 600 participants et 800 bénévoles font vivre chaque édition. Depuis 2025, le départ est donné à 8 heures, et un parcours de 23 km s'est ajouté au marathon et au 100 km. Les nouveaux venus peuvent ainsi goûter à l'ambiance sans s'engager pour la journée entière.

Serge Cottereau, toujours en foulée

Le fondateur, lui, n'a jamais cessé de courir. En avril 2024, à plus de 85 ans, Serge Cottereau a signé à Rodez la meilleure performance française de sa catégorie d'âge sur 800 m. Il a aussi raconté les débuts de sa course dans La belle histoire des 100 km de Millau (1982).

Plus de cinquante ans après, la course née d'un voyage à Bienne et d'une poignée de revues glissées dans un sac garde la trace de cet élan : courir loin, ensemble, à son rythme, sans rien demander d'autre que d'arriver. C'est exactement ce que Spiridon défendait en 1972.

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Vous pensez courir Millau l'an prochain ? Nos pièces Archives Sportswear reprennent l'héritage graphique de la revue Spiridon, celle que Serge Cottereau avait rapportée de Bienne.


Franck Tuil - Auteur - Spécialiste de la culture running

Sources : souvenirs de Noël Tamini, « Spiridon, histoire de la revue et du mouvement » (archives Spiridon) ; site officiel des 100 km de Millau ; Wikipédia ; Radio Totem (avril 2024) ; Reference Trail (résultats 2025) ; Marathons.fr (résultats 2026).