Groupe de coureurs pratiquant le plogging, une course qui consiste à ramasser les déchets pendant un run.

Plogging : quand la sortie running devient un geste pour la planète, sans dossard ni chrono

Un samedi matin, dans un parc ou le long d'une rivière, un groupe de coureurs avance à allure tranquille. Soudain, l'un d'eux s'arrête, se penche, ramasse une bouteille, la glisse dans un sac, puis repart. Personne ne s'en étonne : c'est le principe. Cette pratique porte un nom qui sonne comme un clin d'œil : le plogging.

D'où vient le plogging ?

Le mot naît en Suède. Vers 2016, à Stockholm, Erik Ahlström commence à ramasser des déchets pendant ses footings. Il combine le verbe suédois plocka upp (ramasser) et le mot jogging, et crée un site, Plogga, pour inviter d'autres coureurs à faire de même. L'idée circule vite : en 2018, la préoccupation croissante pour la pollution plastique la propulse à l'international. Elle est aujourd'hui pratiquée dans une centaine de pays, en solo comme en groupe.

Courir libre, courir utile

Le plogging n'a besoin ni de dossard, ni de chronomètre, ni de classement. Il n'y a rien à battre, sinon peut-être l'indifférence. On court dix minutes, on s'arrête, on ramasse, on repart. L'allure est celle du groupe, et l'on ne laisse personne derrière. C'est exactement l'esprit de la course libre que Spiridon défend depuis ses origines : courir pour le plaisir, la rencontre, et ici, pour un but qui dépasse la performance.

Beaucoup de run clubs l'ont compris : une sortie « nettoyage » de temps en temps, c'est aussi une façon d'accueillir de nouveaux visages. Pas besoin d'être rapide pour participer, il suffit d'avoir envie d'être là. On retrouve l'état d'esprit des Spiridon-Clubs des années 1970 : un groupe, un parcours, aucune obligation de résultat.

Un effort qui compte vraiment

Se baisser, se relever, porter un sac, alterner marche et trot : le plogging change la nature de l'effort. Une étude scientifique publiée en 2022 conclut que la dépense énergétique du plogging et celle du jogging sont comparables, mais que la part d'énergie puisée dans les graisses y est nettement plus élevée. Autrement dit, la sortie est loin d'être un « petit » footing.

Se lancer : quelques conseils simples

Pas d'équipement sophistiqué. Un sac (idéalement réutilisable), une paire de gants solides, des vêtements confortables et respirants que l'on ne craint pas de salir. Quelques règles de bon sens : ne jamais toucher à ce qui est tranchant ou dangereux (verre brisé, seringues, produits inconnus) et le signaler plutôt aux services de la commune ; rester à l'écart des routes passantes ; trier ce que l'on récolte en fin de sortie.

On peut commencer seul, avec deux amis, ou proposer à son club d'inscrire un rendez-vous par mois. Un parc, un chemin de halage, un sentier de forêt, une plage : tous les terrains conviennent.

Les limites du geste

Le plogging n'est pas une solution miracle, et ses pratiquants le savent. Ramasser des déchets ne dispense pas de s'interroger sur leur origine : Erik Ahlström lui-même insiste sur le fait que les villes les plus propres ne sont pas celles où l'on nettoie le plus, mais celles où l'on jette le moins. Le vrai levier reste la prévention, la consommation réfléchie et la responsabilité de chacun.

C'est là que le plogging garde tout son intérêt : moins comme une réponse définitive que comme une porte d'entrée. On regarde autrement son quartier, on prend conscience de ce que l'on jette, on en parle autour de soi. Un petit geste collectif, sans jugement, qui crée du lien.

Une génération qui court ensemble, pour de bon

Dans un monde de notifications et d'écrans, une sortie plogging offre une heure de présence réelle : on discute, on rit, on se passe le sac, on se retrouve autour d'un café. Nul besoin de publier quoi que ce soit pour que l'expérience compte. Voilà peut-être pourquoi tant de jeunes coureurs l'adoptent : courir, se rendre utile et rencontrer des gens, en un seul geste.

Courir libre, c'est courir comme on l'entend. Certains le font pour la performance, d'autres pour le plaisir, d'autres encore pour laisser un peu plus propre l'endroit où ils vivent. Cette dernière manière n'est pas la moins belle.

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