Couverture de la revue Spiridon, avril 1985 - Zuckerstatter. Yiannis Kouros en course sur la route de la Spartathlon, 1985 - maillot Grèce, dossard 12

La Spartathlon, ou courir dans les pas de Pheidippides

Il y a une scène qui revient souvent dans les récits de la Spartathlon. Après 246 kilomètres de routes grecques, de nuits sans sommeil, de cols montagneux traversés dans l'obscurité, le coureur arrive enfin à Sparte. Là, au pied de la statue du roi Léonidas, un enfant s'avance et lui tend une branche d'olivier. Le geste est simple, archaïque, presque irréel. Et pourtant.

Un pari sur l'histoire

Tout commence avec Hérodote. Dans ses Histoires, l'historien grec relate qu'avant la bataille de Marathon, en 490 avant J.-C., les Athéniens envoyèrent un messager nommé Pheidippides demander l'aide de Sparte face aux Perses. Pheidippides aurait parcouru quelque 1 140 stades - soit 246 kilomètres - en un jour et demi. Les historiens modernes ont longtemps lu ce passage comme une métaphore héroïque. Jusqu'à ce qu'un officier de la Royal Air Force décide de le prendre au pied de la lettre.

En 1982, le Wing Commander John Foden et quatre collègues débarquent en Grèce avec une idée simple et légèrement folle : refaire la course de Pheidippides pour voir si c'est humainement possible. Trois d'entre eux rallient Sparte. Foden en 37 heures 37 minutes. John Scholtens en 34 heures 30. John McCarthy en 39 heures. La preuve est faite. L'année suivante, la première Spartathlon officielle s'élance depuis le Parthénon d'Athènes.

Six marathons. Une nuit entière. Zéro compromis.

La Spartathlon couvre 246 kilomètres entre Athènes et Sparte, soit l'équivalent de six marathons consécutifs. Le temps limite est de 36 heures. Sur la route, 75 points de contrôle jalonnent le parcours - chacun avec sa propre limite horaire. Rater un contrôle, c'est l'élimination immédiate. Le col du mont Parthenion, à 1 200 mètres d'altitude, se traverse généralement de nuit, dans le froid, avec les jambes déjà usées par 100 kilomètres d'asphalte.

Environ 400 coureurs prennent le départ chaque septembre. À peine 35 à 40 % d'entre eux franchissent la ligne d'arrivée. Les autres s'arrêtent - ou s'effondrent - quelque part entre les faubourgs d'Athènes et les oliviers du Péloponnèse.

Yiannis Kouros et la démesure grecque

L'histoire de la Spartathlon serait incomplète sans Yiannis Kouros. Le coureur grec, né en 1956, a remporté la course six fois dans les années 1980 et posé des records qui ont tenu des décennies. Sa façon de courir relevait autant de l'intuition que de la méthode : rythme constant, économie de geste, une capacité à traverser les murs de la douleur comme s'ils n'existaient pas. Kouros est devenu le symbole vivant de ce que la Spartathlon met à l'épreuve : non pas la vitesse, mais la profondeur.

En 2023, le Grec Fotis Zisimopoulos est devenu le premier coureur à passer sous les 20 heures, bouclant le parcours en 19 h 55 min 02 s. Un temps qui fait tourner les têtes même aux initiés de l'ultra.

Pourquoi courir aussi loin ?

On pose souvent la question aux finishers de la Spartathlon. Les réponses sont étrangement similaires d'une langue à l'autre : pour voir jusqu'où on peut aller. Pas pour battre un record. Pas pour finir premier. Pour toucher quelque chose qui résiste, qui ne cède pas facilement.

Il y a dans cette course quelque chose qui dépasse le sport. Le fait de courir sur les traces d'un homme dont on ne sait presque rien, sinon qu'il a couru - et que ça a suffi à changer le cours d'une bataille, peut-être d'une civilisation. La Spartathlon repose sur une hypothèse historique. Mais chaque septembre, des centaines de coureurs partent de l'Acropole avec la conviction tranquille que cette hypothèse vaut la peine d'être vécue de l'intérieur.

C'est peut-être la définition la plus juste d'une course de légende : une épreuve qui existe parce que quelqu'un, un jour, a refusé que l'histoire reste dans les livres.

Photo : couverture de la revue Spiridon, avril 1985 - Zuckerstatter