Affiche du documentaire The Barkley Marathons, consacré à l’une des courses d’ultra-trail les plus difficiles au monde.

The Barkley Marathons : le documentaire culte sur la course la plus folle du monde

Chaque vendredi, la rubrique Divertissement vous propose un livre, un film, un podcast ou une playlist pour nourrir votre passion de la course à pied autrement que par les kilomètres. Cette semaine, direction le Tennessee et les forêts du Frozen Head State Park, avec un documentaire culte pour tout coureur curieux d'ultra-trail et de courses hors normes : The Barkley Marathons : The Race That Eats Its Young, réalisé par Timothy Kane et Annika Iltis, sorti en 2014.

Une course née d'un pari absurde

Tout commence avec l'histoire de James Earl Ray, l'assassin de Martin Luther King, qui s'évade en 1977 de la prison de Brushy Mountain, en pleine forêt du Tennessee. Après 54 heures de cavale, il n'a parcouru qu'une dizaine de kilomètres dans ce relief impitoyable. Un habitant du coin, Gary Cantrell, surnommé Lazarus Lake, trouve l'anecdote tellement savoureuse qu'il s'exclame qu'il aurait pu, lui, courir 100 miles dans le même temps. De cette boutade naît en 1986 l'une des courses à pied les plus dures et les plus mystérieuses du monde : les Barkley Marathons.

Cinq boucles, aucun balisage, une carte et une boussole

Le documentaire suit plusieurs éditions de cette course d'ultra-trail pas comme les autres : cinq boucles d'environ 20 miles chacune, soit près de 160 kilometres cumulés, pour un dénivelé positif qui avoisine les 18 000 mètres, davantage que deux ascensions de l'Everest depuis le camp de base. Pas de balisage, pas de ravitaillement officiel, pas de montre GPS qui tienne face à une navigation à l'ancienne, à la carte et à la boussole. Les coureurs doivent retrouver des pages arrachées à des livres, dissimulées le long du parcours, pour prouver leur passage. Le dossard est une plaque d'immatriculation usagée. Le droit d'inscription s'élève à 1,60 dollar, et le formulaire ne se trouve nulle part : il faut connaître quelqu'un, ou écrire directement à Lazarus Lake pour espérer être retenu.

Le film montre aussi ce rituel si particulier qui fait la légende de la course : chaque abandon est annoncé au clairon, avec les premières notes de Taps, sous les yeux goguenards des autres concurrents installés en camping au milieu de nulle part. Sur des décennies de course, le nombre de finishers se compte sur les doigts des deux mains, certaines années n'en comptant aucun.

Pourquoi ce documentaire parle directement aux coureurs libres

Ce qui rend ce film passionnant, au-delà de la performance physique, c'est l'esprit qu'il raconte. Pas de sponsor, pas de prize money, pas de retransmission, pas de record homologué : les Barkley Marathons existent en dehors du système et de la course à pied business. On y retrouve, sous une forme extrême et très américaine, quelque chose qui parle à toute une culture du coureur libre, celle qui préfère la forêt, la carte et l'effort brut aux chronos affichés sur une application. Le documentaire filme des visages burinés, des bénévoles pour de vrai, un meneur de jeu qui ressemble davantage à un sage de western qu'à un organisateur d'événement sportif, et une montagne qui ne pardonne rien. C'est aussi un formidable témoignage sur ce que l'échec peut avoir de noble, dans un sport où l'on glorifie trop souvent uniquement la victoire.

Où regarder le film

The Barkley Marathons : The Race That Eats Its Young est disponible en VOD sur plusieurs plateformes de streaming comme Prime Video ou Apple TV selon les pays et les périodes. Une recherche rapide par son titre original suffit à le retrouver. Comptez environ 1h20 de visionnage, le temps d'un footing de récupération ou d'une soirée pluvieuse avant une sortie longue du week-end.

Pour les amateurs de course à pied et de trail qui aiment comprendre d'où viennent certaines légendes de l'ultra-endurance, ce documentaire est une porte d'entrée idéale vers une culture du dépassement de soi bien éloignée des courses sur route classiques. De quoi nourrir l'imaginaire avant la prochaine sortie en sentier.

Franck Tuil - Auteur - Spécialiste de la culture running